Pique-nique en âmes

Veille de début d’année. Les rituels sont de formidables repères et comme Sandra, les terrasses sont mes premiers espaces. Cappuccino oblige. Concordance des idées, ma passion pour Victor Hugo – j’ai toujours les contemplations dans mon sac Fria Kahlo – et la remise en ordre de mon dressing, sans oublier les love-sandwichs de Milo m’amènent à évoquer les pique-niques. Les pique-niques comme ères de re-peaux.

Vieille chanson du jeune temps (Victor Hugo, Les Contemplations)

Nous allions au bois, cueillir la pervenche,
Moi, vêtue de laine, et toi, drapé de bure,
Un doux vent tremblait dans la ramée blanche,
L’herbe embaumait, mai dorait la nature.

Nous cherchions des nids sous les branches hautes,
Nous trouvions des fruits dans les hautes herbes.
Un rayon tomba, du feuillage éclos,
Sur ta bouche pure et sur mes lèvres blêmes.

Ta voix murmurait : « Mon âme, je t’aime ! »
Et j’oubliais tout sous le ciel charmant,
Car l’amour, toujours, quand il nous enchaîne,
Suffit à combler le cœur d’un amant.

Pendant longtemps, je dois l’avouer, ils m’indifféraient. Pourquoi, je ne sais pas. Un certain snobisme peut-être. Puis, Milo m’a fait sentir les champs, ls chants des âmes et des corps entre ls buis, sous les charmes et les êtres, les clairières, le vent qui chatouille mes dessous sous une robe de printemps, s’étendre, se laisser bercer de cirrus dans la voûte du ciel. Attendre la nuit « bleue Missouri »  au mois d’août en faisant des vœux à chaque étoile filante. Ainsi est-ce devenu une gourmandise culinaire, physique et teintée d’une espérance certaine.

Et puis, sacrée culture associée à la liberté des femmes et au regard critique sur le monde, il existe le tableau célèbre qui évoque la thématique du pique-nique, et par extension l’amour et la convivialité, « Le Déjeuner sur l’herbe » d’Édouard Manet (1863). Ce chef-d’œuvre de la peinture impressionniste a marqué l’histoire de l’art par son audace et son originalité. Les jeux de regards, l’atmosphère détendue mais intrigante, et la juxtaposition du naturel et du culturel en font une évocation à la fois sensuelle et énigmatique d’un moment partagé.

Milo est gourmand et précis. Ces « love-sandwichs » sont une révolution du Palais. Un appel à l’érotisme-exotique hors le plaisir gustatif.

  • Pain viennois
  • Préparer une vinaigrette spicy. Dans un bol, presser un demi-citron vert, une cuillère à soupe de vinaigre de cidre, deux cuillères d’huile d’olive, échalotte, une bonne dose de sauce Kikkoman, une ou deux larmes de piment vert.
  • Concombre en très fines tranches,
  • Cébette,
  • 4 champignons de Paris cuits à même la poêle sans graisse (goût de forêt à tomber de bonheur),
  • farce de chair à saucisse (idem tomates farcies)

Faire revenir la chair à saucisse sans la cramer. Ouvrir le pain viennois, badigeonner en laissant un espace sr les côtés avec la sauce qui est l’essentiel du plat en évitant de noyer le pain. Placer ensuite la viande en s’assurant qu’elle est émiettée, les concombres, les champignons, la Cébette. Couper en quatre ou huit parties. Croquer ! Vous êtes sous le signe du dragon. Quant à moi, aussi délicate je sois, je sauce en rentrant à la maison.

Le Pique-nique dans l’Amour : Une Symphonie en Plein Air

Il y a dans le pique-nique une poésie qui défie les apparences. Ce n’est qu’un repas, diront certains, un moment simple où l’on déplie une nappe et où l’on savoure des mets sommaires, souvent préparés à la hâte. Mais pour d’autres – et peut-être pour ceux qui savent voir l’amour dans les détails – un pique-nique est bien plus qu’un repas. C’est une allégorie de l’intimité, une scène où le désir, l’éphémère, et la sérénité dansent ensemble sous la lumière changeante du ciel.

Un rituel d’amour sous les arbres

Les gestes du pique-nique rappellent ceux de l’amour. On choisit un lieu avec soin, comme on cherche le moment parfait pour ouvrir son cœur. Une clairière, une plage déserte, ou une colline au sommet du monde : chaque endroit offre une promesse unique. On prépare les victuailles, légères ou gourmandes, dans une anticipation qui n’a rien à envier aux plus grandes déclarations. Et puis vient l’instant sacré : le partage.

Le fragile équilibre de l’instant

Mais le pique-nique est aussi un acte de vulnérabilité. Une fourmi audacieuse qui s’invite, un vent capricieux qui emporte la nappe, un nuage menaçant qui obscurcit le ciel : autant de rappels que rien n’est jamais complètement sous contrôle. Et n’est-ce pas là la vérité de l’amour ? Se laisser surprendre, accepter l’imprévu, et continuer malgré tout.

Un pique-nique ne prétend pas à la perfection. On y mange avec les doigts, on s’essuie dans l’herbe. L’amour, dans sa forme la plus authentique, est de cette trempe-là : imparfait mais vrai, improvisé mais sincère. Tout comme ces miettes qu’on laisse derrière soi, témoins d’un moment partagé, l’amour dépose en nous des traces indélébiles, même lorsque le moment s’est effacé.

L’éphémère, miroir de l’amour

Et puis il y a la fin. Le soleil descend lentement, teintant le ciel d’orangé. Les derniers éclats de rire se fondent dans le murmure du soir. On replie la nappe, on ramasse les restes, et l’on se redresse, parfois avec une pointe de regret, souvent avec la douce certitude d’avoir vécu un instant précieux.

Un festin pour les âmes

Peut-être est-ce cela, au fond, le sens du pique-nique dans l’amour : un moment suspendu, une communion avec l’autre et avec le monde. On y trouve un écho de nos propres désirs : être vu, être entendu, être aimé dans toute notre simplicité. Et si, en regardant les étoiles ce soir-là, on ressent un soupçon de mélancolie, ce n’est pas une tristesse, mais une reconnaissance. Celle de savoir que l’on a goûté, ne serait-ce qu’un instant, à l’essence même de la vie.

Alors, la prochaine fois que vous dépliez une nappe dans l’herbe, souvenez-vous que ce n’est pas qu’un repas. C’est une déclaration, une offrande. Et peut-être, si vous écoutez attentivement, entendrez-vous dans le bruissement des feuilles le murmure de l’amour qui s’épanouit.

 

Epanouissez-vous. Le Love-sandwiche de Milo est révélateur d’émotions.

Lola Matisse